Le bassiste des Cowboys Fringants nommé scientifique en chef du Québec
Tashi Farmilo
Jérôme Dupras, professeur titulaire au Département des sciences naturelles de l’Université du Québec en Outaouais (UQO) – aussi connu comme le bassiste du groupe Les Cowboys Fringants – a été nommé à la prestigieuse fonction de scientifique en chef du Québec. Il devient ainsi la deuxième personne seulement à occuper ce poste depuis qu’il a été créé, en 2011. Il succède ainsi à Rémi Quirion, qui aura exercé ce rôle pendant 15 ans. L’annonce a été faite le 27 mai par Bernard Drainville, ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie, et son ministre délégué à l'Économie, Daniel Bernard.
Professeur au Département des sciences naturelles de l’UQO depuis 2014, Jérôme Dupras est une figure réputée en économie écologique, en aménagement du territoire et en géographie environnementale. Il est le fondateur du Centre de recherche appliquée sur la biodiversité et les écosystèmes (CRABE) et chercheur à l’Institut des sciences de la forêt tempérée. Il est également titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie écologique, ainsi que de la Chaire UNESCO en évaluation socio-économique de la biodiversité et des écosystèmes.
Chercheur aguerri, ses champs de compétence sont l’économie écologique, la géographie environnementale, l’aménagement du territoire et l’adaptation aux changements climatiques. Ses travaux visent à mieux comprendre la contribution de la biodiversité et des écosystèmes au bien-être humain.
M. Dupras jouit d'une célébrité inhabituelle pour un universitaire en tant que membre de l’un des groupes de musique québécois les plus influents de notre époque. Les deux ministres ont dit considérer cette célébrité comme un atout, estimant que M. Dupras est en mesure de rapprocher la science du public, surtout des jeunes. Le ministre Bernard l'a aussi comparé à Brian May, guitariste du groupe britannique Queen et astrophysicien de formation.
À titre de scientifique en chef du Québec, M. Dupras a pour mandat de conseiller le gouvernement québécois sur l’état de la science en lien avec divers enjeux de société et de faire rayonner la recherche québécoise, au Canada et ailleurs dans le monde. Le scientifique en chef agit également comme président-directeur général du Fonds de recherche du Québec.
M. Dupras entame toutefois ce rôle dans un contexte difficile pour la recherche et l'enseignement supérieur au Québec. En effet, la Fédération québécoise des professeures et professeurs d'université (FQPPU) a salué sa nomination, tout en rappelant que le réseau universitaire est confronté à un sous-financement chronique, à une précarisation croissante de la relève, ainsi qu'à des ingérences politiques répétées qui fragilisent l'autonomie des établissements et la liberté académique. La FQPPU a ensuite souligné les défis posés par l'encadrement de l'intelligence artificielle en milieu universitaire, ainsi que les questions toujours sans réponse concernant l'indépendance institutionnelle du scientifique en chef dans son rôle de conseiller scientifique du gouvernement, à la suite de la réforme imposée par le projet de loi 44.
La Fédération rappelle que la mission d'intérêt public des universités, qui consiste à produire, transmettre et diffuser un savoir critique au service de la collectivité, repose sur une recherche libre et indépendante, soustraite tant aux pressions du pouvoir politique qu'aux engouements ponctuels qui traversent l'agenda public. Elle sollicite donc une rencontre avec M. Dupras dans les meilleurs délais afin de lui exposer son analyse des enjeux qui appellent une attention prioritaire.
Jérôme Dupras a reçu plusieurs distinctions au fil de son parcours, notamment la Médaille d’or académique du Gouverneur général du Canada (2014), le Prix du Québec de la relève scientifique (2018) et la Médaille d’honneur de l’Assemblée nationale (2023). En 2024, il figurait parmi les 100 personnes les plus influentes du Québec, selon le palmarès du magazine L’Actualité.
« Jérôme Dupras est reconnu pour son parcours remarquable, qui allie rigueur scientifique et grande humilité. Son approche, solidement ancrée dans les réalités du terrain, témoigne d’un engagement profond envers la protection de l’environnement, en cohérence avec les valeurs d’entraide et de justice sociale qui lui sont chères », a dit avec grande fierté la rectrice de l’UQO, Murielle Laberge. « Sa carrière, qu’il a toujours menée en faisant la promotion de notre identité, de la culture et de l’accessibilité aux savoirs, l’a conduit à occuper aujourd’hui ce poste prestigieux, dans lequel il saura, j’en suis certaine, réaliser d’importantes avancées ».
Trad. : MET

