René Lépine, qui a vécu sous une tente sur le site pendant près de deux ans avant d'emménager dans l'un des logements du Village, affirme que la structure, la thérapie et le soutien quotidien l'ont aidé à gérer sa dépendance, à stabiliser sa santé mentale et à commencer à bâtir une vie plus pleine d'espoir et de terre. Photo : Tashi Farmilo
La Village Transition ouvre la voie à la stabilité
Tashi Farmilo
Village Transition à Gatineau a inauguré son nouveau bloc d'intervention le 22 janvier, marquant une étape majeure dans l'effort de la ville pour répondre à l'itinérance grâce à un logement structuré, des soins de santé mentale et un soutien à long terme. La nouvelle installation complète la vision physique du Village, un site de logement transitoire conçu pour répondre à la dépendance, aux difficultés de santé mentale et à l'instabilité chronique, en plus du manque de logement lui-même.
Situé au 360 boulevard des Allumettières, le Village Transition a ouvert ses portes aux résidents en décembre 2024. Construit à partir d'environ 60 conteneurs d'expédition convertis, il accueille actuellement 70 personnes et peut accueillir jusqu'à 100 personnes. Le site est destiné aux personnes en situation d'itinérance qui ont besoin de stabilité, de supervision et de soutien psychosocial avant de passer à un logement permanent.
Pour René Lépine, résident du Village, le projet représente un tournant après des décennies marquées par la dépendance, la dépression et des cycles répétés d'instabilité. Il vit sur le site depuis trois ans, passant d'abord près de deux ans sous une tente avant d'emménager dans l'une des unités de logement compactes du village.
« Je consomme depuis que je suis ado », dit-il. « J'ai fait beaucoup de boulots, cuisinier, concierge, tout ce que j'ai pu trouver. Mais je n'ai jamais eu la stabilité nécessaire pour faire avancer quoi que ce soit. Ma tête n'était pas au bon endroit. Je traversais beaucoup de choses. »
Lépine a dit que les problèmes de santé mentale étaient un obstacle constant pour garder sa vie sur les rails. « Tu essaies de continuer à avancer, mais il y a toujours quelque chose qui te retient. C'est difficile quand on n'a pas de soutien. J'ai traversé le système, les tribunaux, la police. J'ai été dans la rue. Je sais ce que c'est d'avoir l'impression que personne ne te voit. »
Il a décrit le Village comme le premier endroit où il a pu s'arrêter et reconstruire. « C'est différent ici. Il y a la thérapie, il y a la structure. Il y a des gens à qui parler. Je n'ai jamais eu ça avant. »
Lépine a dit qu'il consomme encore, mais que les choses sont plus stables maintenant. « Je ne suis pas propre. Mais ce n'est pas comme avant. C'est plus sous contrôle. J'y travaille. »
Il reçoit maintenant du soutien du personnel, des conseils pour la gestion du budget et un espace de vie qui lui semble sécuritaire. « J'ai mon propre espace. J'ai de la chaleur. J'ai une porte qui se verrouille. Je n'ai jamais vraiment eu ça avant. »
Artiste, Lépine est également revenue au travail créatif. Il a dit que s'exprimer l'aide à digérer ce qu'il a vécu. « Ça enlève le bruit de ma tête. Je vois maintenant le bon côté positif. Même quand c'est difficile, je vois qu'il y a quelque chose qui vaut la peine de s'accrocher. »
Le nouveau bloc d'intervention est conçu pour aider des résidents comme Lépine à poursuivre ce progrès. Il abrite des salles de conseil, une cuisine communautaire, des douches, une buanderie, une salle de jeux et une terrasse sur le toit. Ces installations réunissent les services sous un même toit et favorisent un sentiment de connexion qui va au-delà du logement d'urgence.
Nancy Martineau, directrice générale de Transition Québec, a qualifié le bloc de « cœur du Village » et a souligné que le logement seul ne suffit pas. L'objectif est la stabilité et la dignité à long terme, soutenues par la communauté, les soins professionnels et la confiance.
L'accès au village est géré par un processus structuré d'accueil. Les résidents acceptent un code de conduite, et les animaux de compagnie sont autorisés. Chaque unité comprend le chauffage, la climatisation et l'internet haute vitesse. Bien que temporaire, le logement vise à préparer les résidents à la prochaine étape de leur vie avec un soutien soutenu.
Le projet est soutenu par plusieurs partenaires publics et privés, dont le CISSS de l'Outaouais, la Ville de Gatineau, le Groupe Devcore, MCH Modulaire, Conteneurs Experts Inc. et Desjardins. Lors de l'inauguration, les responsables ont salué la rapidité et la collaboration derrière le projet et l'ont décrit comme un modèle pour d'autres communautés du Québec.
Pour Lépine, l'impact est personnel. « Je ne sais pas ce qui vient ensuite », dit-il. « Mais j'y pense enfin. C'est nouveau. C'est déjà ça. »
